Journée d’études cliniques 2008 – « Aux abords de la psychose infantile »

RENNES – Vendredi 28 novembre 2008 de 8 h45 à 17 heures
« Aux abords de la psychose infantile »

En collaboration avec :  Études Cliniques Rennaises – L’Association Le Parc et l’hôpital de jour ‘La Maison Bleue’ – L’ARASS – Le CH Guillaume Régnier et le Service Universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent de Rennes.

 

Voir plaquette et formulaire d’inscription en pièce jointe

Intervenants :
Sous la Présidence de Bernard Defrenet, avec, par ordre d’intervention, René Péran, Philippe Dardenne, Robert C. Colin, Dominique Joncour, Maurice Rey, Francis Drossart, Carole Fouqueré, Catherine Henri-Ménassé et Bernadette Mistral.

Lieu :
Centre de formation du CHGR, 15 rue du Bois Perrin, 35000 Rennes

Argument :
Toujours dans la perspective d’étudier le fait clinique sous l’angle de la pensée complexe, multifactorielle, et non réductionniste, cette journée sera consacrée à l’étude des éléments de la lignée psychotique chez l’enfant. Si Melanie Klein et Bion ainsi que ses élèves ont permis de faire un pas de géant dans la compréhension du monde de l’enfant psychotique, et surtout d’élargir la thérapie analytique à la « part psychotique de la personnalité », ils ne se sont pas aventurés à modéliser les conditions déterminant « l’espace où la psychose peut advenir ». Interroger le « désir d’enfant » des parents dans la double direction de leur histoire infantile et de l’investissement qu’ils portent à leur enfant fut le pari théorique de Piera Aulagnier. « La potentialité psychotique » s’enracine dans la spécificité des désirs d’enfant des parents ainsi que dans le discours tenu par ceux-ci, identifiant l’enfant et l’assignant à une place peu compatible avec le discours de l’ensemble.

Une première conférence cherchera à décrire cette « potentialité psychotique » comme organisation de la pensée, en réaction aux vicissitudes des relations primaires à l’objet et qui peut s’exprimer par un tableau allant de la simple bizarrerie, originalité de la personnalité, jusqu’à la dissociation et le délire.
L’apport de la pensée de Bion à la compréhension des psychoses infantiles est tout aussi fondamental. Une seconde conférence nous montrera, à partir de certains concepts bioniens connus, en particulier la relation contenant-contenu, la fonction alpha, les éléments béta, etc., en quoi cette pensée nous aide à mieux comprendre les psychoses infantiles. Ceci, à la fois dans son ancrage résolument kleinien, mais aussi par ses nombreuses références philosophiques.
Chacune de ces deux conférences sera suivie d’un exposé clinique qui permettra d’ouvrir la discussion et de confronter la théorie à l’épreuve de la pratique et réciproquement. Le premier exposé décrira le parcours identificatoire d’une enfant de 5 ans, soignée en hôpital de jour selon une thérapeutique essentiellement d’inspiration psychanalytique. L’axe principal de cette présentation sera celui des impasses et des ouvertures du travail de symbolisation. Le second exposé mettra en relief la façon originale dont un enfant atteint de psychose, soigné en ambulatoire au service de psychiatrie infanto-juvénile, va s’approprier l’activité de pensée, de sublimation et dont il va accéder à la possibilité de transmettre.

Programme : 

8h45      Accueil des participants

9h00      Ouverture de la journée avec Bernard Defrenet, Président du Quatrième Groupe
 
9h15       René Péran : La potentialité psychotique et la théorie de la psychose chez Piera Aulagnier
 
10h00    Discussion avec Philippe Dardenne et Robert C. Colin
 
10h30     Pause 
 
10h45    Présentation clinique par Dominique Joncour de l’hôpital de jour La Maison Bleue, avec la participation de Maurice Rey à la discussion
 
12h00    Discussion générale
 
12h30    Déjeuner libre 14h00    Francis Drossart : L’apport de la pensée de Bion à la compréhesion des psychoses infantiles
 
14h45     Discussion avec Carole Fouquéré et Catherine Henri-Ménassé.
 
15h15     Pause 
 
15h30    Présentation clinique par Bernadette Mistral du service psychiatrie infanto juvénile du Pr Sylvie Tordjmann
 
16h30    Discussion générale
 
17h00    Clôture de la journée 
 

Résumé de la journée par Catherine Even-Le Berre et Anne-Marie Gaillot

Cette journée d’étude organisée par le Quatrième groupe OPLF en collaboration avec les Etudes Cliniques Rennaises, l’Association Le Parc, l’Hôpital de jour La Maison Bleue, L’ARASS ainsi que le Centre Hospitalier Guillaume Régnier et le Service Universitaire de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent de Rennes, nous a inscrit en compagnie de deux auteurs : Piera Aulagnier et W.R Bion que nous réunissons artificiellement puisqu’ils ne se sont pas connus dans la réalité, comme le souligne en ouverture Robert Colin, mais qui ont tout deux marqué l’histoire des idées en psychanalyse, éclairé considérablement la connaissance de la psychose et bien sûr largement contribué à la compréhension des processus de symbolisation.

Bernard Defrenet a ouvert cette journée d’étude en centrant son propos autour de la question de l’approche transgénérationnelle des psychoses infantiles. Il a défini deux types de configuration interpellant plus spécifiquement l’ordre transgénérationnel pour les cas de psychoses infantiles : un premier appartenant au registre de la forclusion, un second rattaché à des situations où l’incidence du généalogique dans le surgissement du phénomène psychotique infantile apparaît comme un effet de rencontre au croisement de deux lignées. Il présente l’enfant psychotique comme donnant le sentiment d’être l’objet d’identifications singulières ou d’un délire constitué et partagé par les deux parents. C’est dans ce sens qu’il parle non plus de lien de filiation mais de nœud de filiation. Il en résulte l’effet délétère de projections identificatoires possédant des caractéristiques intenables car pour l’enfant soumis au mouvement de conjonction-assignation, le processus de subjectivation ne peut s’amorcer. Il conclut en faisant références à deux formulations. L’une hautement expressive de B.Penot : «Assigné à résidence par ce réseau identificatoire au maillage serré et complexe, il faut que l’enfant soit là où il est impossible d’être qu’il y ai de l’être, du sujet». L’autre de François Perrier qui évoque la rencontre malheureuse de deux lignées décadentes et le rôle prévalant de la mère qui pour être incontestable ne prend néanmoins son sens qu’à être articulé à la complémentarité des défaillances paternelles : «c’est le roman familial de chacun des parents qui prédestine la psychose»

René Péran : « La potentialité psychotique et la théorie de la psychose chez Piéra Aulagnier ».
René Péran nous a présenté un développement particulièrement propice à la compréhension du concept de potentialité psychotique à travers un remarquable exposé. En situant la psychose comme divisant le monde psychanalytique, il introduit la voie proposée par Piera Aulagnier qui interroge le désir d’enfant des parents dans la double direction de leurs histoires infantiles et de l’investissement qu’ils portent à l’enfant. Il insiste sur les conditions environnementales garantes de la transmission d’un symbolique préétabli à l’échelon parental et l’impact de ce dernier sur le développement de la pensée de l’enfant. Dans la potentialité psychotique le sujet s’est forgé un énoncé des origines qui n’est aucunement partageable car les formes que prennent les pensées sont dites délirantes. La potentialité psychotique est présentée comme une organisation de pensée dont la fonction pour l’enfant confronté dans le discours des parents à un énoncé aberrant est la condition nécessaire pour ne pas basculer définitivement hors de l’ordre symbolique. L’échec de la fonction du tiers qui ne fait plus son office d’ouvrir la pensée de l’enfant à l’arborescence des significations fait excès de violence sur la pensée de l’enfant. Par la pensée délirante primaire, l’enfant tente de réussir cette prouesse de ménager son seul support libidinal, sa mère, tout en se croyant un être nouveau avec un comportement et un discours témoignant de l’ordre symbolique.
Pour accompagner son exposé, René Péran nous parle d’un patient dont la pensée délirante primaire serait peut être restée dans l’ombre si la nature traumatique d’une rencontre féminine n’était pas venue le désarçonner dans ses compromis identificatoires, en lui disant qu’il était homosexuel.

Dominique Joncour : Présentation clinique de la petite Marie
Un récit clinique d’une remarquable intensité qui s’échelonne sur 6 années, à travers cette psychothérapie d’enfant sourde profonde et psychotique. Dans le pas à pas sur le terrain, l’analyste accompagne dans le transfert, avec toute sa ténacité, les mouvements de haine et d’amour de cette petite fille de 5ans qui se trouve dans une urgence d’identification lorsque débute sa thérapie Analytique. Dans une co-construction avec sa thérapeute, à travers 117 dessins, la reviviscence hallucinatoire des traces perceptives avec les couleurs jaune, bleue, marron séquelaires du trauma, trouve son expression dans l’expérience de rencontre. Pour cette petite fille envahie par la sensorialité d’une mère absente, nous approchons sa capacité à construire une structure encadrante primaire (selon Green), à construire l’objet en intégrant le négatif.
Maurice Rey  nous a montré combien ce travail pathognomonique du travail qu’on peut faire avec une enfant sourde pose le problème de la construction des processus de symbolisation dans la psychose d’un côté et la surdité de l’autre ainsi que celui de la liaison entre les processus. Pour faire lien avec la réflexion sur la pensée délirante primaire et la potentialité psychotique, René Péran mettra l’accent sur cette parole de D.Joncour « De quelle ombre parlée (au sens de Piera Aulagnier), de quelle histoire la mère de Marie est elle dépositaire, la mettant alors dans l’impossibilité de proposer à sa fille une pensée et un désir concernant son origine ? ».

Catherine Even – Le Berre.

 

Francis Drossart : « L’apport de la pensée de Bion à la compréhension des psychoses infantiles ».
Si l’on a pu reprocher à Bion l’abstraction aride de sa théorisation, ce n’est pas un reproche que l’on puisse adresser à l’exposé de F. Drossart tant l’articulation logique des concepts y est rendue compréhensible par leur illustration tirée de la clinique et de la littérature. Enracinée dans la théorie freudienne et celle de M. Klein, la théorie de Bion ne représente pas, pour F. Drossart, un système métapsychologique unifié, mais bien plutôt une tentative pour «créer des concepts qui permettent le passage de la pensée, là où un trouble de pensée ne permet pas de penser ». Concepts qui se sont aujourd’hui imposés dans le langage psychanalytique, tels ceux de fonction alpha, d’éléments bêta ou celui d’identification projective qui, théorisée par Bion ne peut être considérée comme une notion désexualisée. Peut-être moins familières, les notions de vision binoculaire et de barrière de contact, dont l’abord par F. Drossart illustre cette constante articulation de la théorie avec ses prolongements à la technique psychanalytique. La notion de barrière de contact repose sur la conception d’un passage sélectif entre Conscient et Inconscient, c’est ainsi que peut se concevoir la capacité de rêverie maternelle. Celle de vision binoculaire, contemporaine de la pratique des groupes par Bion, considère les deux parties d’un groupe ; l’une mobilisée par un travail d’élaboration, l’autre animée d’un fantasme hostile, en elle se conjuguent, modèle adéquat et perspective réverse opposée. Notions que F. Drossart éclaire par une vignette clinique : un enfant, dans un dessin, peut à la fois symboliser la fonction alpha de sa thérapeute (représentée par ses lunettes comme barrière de contact) et le bombardement de celle-ci par des éléments bêta (représenté par une guêpe qui perfore).

Avec la présentation clinique de Bernadette Mistral, c’est l’amorce d’un processus de subjectivation qu’il nous est donné de suivre. Intervenant dans le cadre d’un service de psychiatrie infanto juvénile, elle relate le parcours d’un enfant psychotique, quelle a suivi en psychothérapie, de l’âge de cinq ans à dix sept ans, toujours en cours actuellement. Garçon dont la naissance reste un point de fixation traumatique pour les parents, objet des projections identificatoires de ceux-ci marquées par la déception et la blessure initiale. Aux prises avec diverses manifestations d’angoisse, se défendant de la relation par le contrôle omnipotent de sa thérapeute, Fred va pourtant très tôt lui adresser une question récurrente « et toi, as-tu des parents ? ». Question reçue par B. Mistral comme une possible ouverture du monde originaire dans lequel il se débat. Et de fait, cette question va se déployer durant ces onze années. Au travers : de scénarios visant la relation parents/enfant attaquée puis réparée ; de la reprise inlassable de jeux d’échanges de ballon manifestant, pour B. Mistral, le mouvement circulaire de l’enfermement identificatoire ; enfin, d’énoncés traduisant ces instants d’irruption de la question identitaire, comme lorsque l’enfant s’exclame « je ne veux pas me quitter ». Jusqu’à ce jeune homme de dix sept ans qui, la fin de la thérapie envisagée, se positionne dans un dialogue avec sa thérapeute où se dessine un mouvement d’appropriation subjective.

L’année dernière, lors de la première édition de ces journées d’étude, R. Colin la clôturait en remarquant l’attente à laquelle elle répondait et s’engageait, au nom des organisateurs, à la renouveler. Promesse tenue et suscitant un même intérêt. A l’année prochaine.

Anne-Marie Gaillot.

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